Le temps est un grand maître, le malheur est qu'il tue ses élèves. Hector Berlioz

mercredi 18 février 2009

EXTRAITS et Téléchargement



EXTRAIT 1




Acte 1 Scène 1(Claire, Viviane et Viviane jeune.)

Lumière à jardin.
Une chambre d’hôpital. Une femme, Viviane, est assise en chemise de nuit sur le bord de son lit. Elle regarde longuement un téléphone sur sa table de nuit, semblant hésiter. Une autre femme est assise sur une chaise . C’est la même personne, avec quelques années en moins. Viviane ne la regarde à aucun moment.
Viviane jeune : Appelles- la !

Silence

Viviane : Après tout ce temps…
Viviane jeune : Dis-lui que tu as besoin d’elle !
Viviane : Non. Elle ne voudra pas venir à cette heure-ci. Elle a son fils….Il est trop tard…Demain…je l’appellerais demain.
Viviane jeune : Comme tu voudras….Demain, ce sera bien…Tu auras plus de chance de l’avoir entre le petit déjeuner, le trajet jusqu’à l’école et le début de sa journée de travail.

Nouveau silence.
Viviane : Et si elle refuse de venir….
Viviane jeune : Si tu ne le fais pas, tu ne le sauras jamais.
Viviane : Oui.

Elle inspire profondément avant de décrocher le combiné. Claire sera en voix off pendant toute la scène au téléphone.

Claire : Allô ?
Viviane : C’est moi.
Claire : Qui ça moi ? Vous avez vu l’heure ?
Viviane : Ta sœur.

Silence. Viviane s’est figée.
Claire : Viviane ?
Viviane : Oui.

Nouveau silence. Viviane tord le fil du téléphone entre ses doigts..
Claire : Je ne t’avais pas reconnu. Ta voix est bizarre.
Viviane : Je suis à l’hôpital.
Claire : Qu’est-ce qui t’arrives ?
Viviane : Il vaut mieux que tu viennes je t’expliquerais tout.
Claire : Tu plaisantes ? Tu m’appelles chez moi à une heure du matin, Joseph dort à poingts fermés. Comment veux-tu que…
Viviane : ( voix tremblante )J’ai besoin que tu viennes….Je vais prévenir aussi Papa et Maman…..Mais je ne pourrais pas leur parler de ce que j’ai.

Nouveau silence. Viviane jeune se lève. Elle se positionne face public. Viviane ne la regarde toujours pas.
Viviane jeune : Claire, j’ai un secret à te dire.

Silence.

Claire : (au téléphone) C’est en rapport avec…avec ton …don ?
Viviane : Oui.
Claire : Bon, je peux appeler un taxi et être sur place dans trois quart d’heure. Peut-être plus. Il faut que je dépose Joseph chez sa nourrice.
Viviane : Il va bien ?
Claire : Oui. Il va bien. …(nouveau silence), je travaille aussi demain mais ça ne fait rien. J’appellerais pour dire que je ne peux pas venir.
Viviane : Merci Claire.
Claire : C’est si grave que çà ?
Viviane : Je crois. A tout à l’heure.

Viviane raccroche. La lumière s’atténue à jardin. La femme se recouche. C’est un changement d’époque. Viviane jeune se tourne vers les coulisses.
Claire entre à cour en enfilant une veste semblant se préparer pour une sortie.

Viviane jeune : Claire, j’ai un secret à te dire.
Claire : J’ai pas le temps, Viviane.
Viviane jeune : Il faut que je te parle.
Claire : ( se tournant vers sa sœur ) Tu crois pas que l’ensemble noir serait mieux. Je sais que Simon n’aime pas le noir mais…
Viviane jeune : Simon n’est qu’un sale con.
Claire : Quoi ? Oh arrêtes, je sais que tu ne l’aimes pas beaucoup mais de là à faire des rimes.
Viviane jeune : Ca fait longtemps que je voulais t’en parler mais… Crois-moi, Simon n’en vaut pas la peine.
Claire : (agacée) De quoi parles -tu ?
Viviane jeune : Tu te rappelles de l’accident que j’ai eu l’hiver dernier ? Ce bus qui m’a renversée près des Halles….
Claire : Oui. Rien pas une fracture mais trois heures de coma. Il aurait mieux fait de te t’écrabouiller pendant la fermeture automatique des portes…Je suis pressée, alors accouches !

Elle part en coulisses avant de revenir avec un ensemble noir qu’elle fait mine de regarder dans une glace imaginaire.
Viviane jeune : Il s’est passé quelque chose depuis...
Claire : Quoi ?
Viviane jeune : Depuis, mon accident….. Il se trouve que…..J’ai un don.
Claire : Toi, tu as encore fumé de la marijuana avec les autres connards des Arts Plastiques.
Viviane jeune : ( Volubile ) Non ! C’est vrai…c’est dingue…Tu n’imagines pas ce que je peux faire avec çà…
Claire : Viviane... Expliques-moi parce que là, je ne comprends rien du tout.

Silence de Viviane qui semble hésiter à dire la suite.

Viviane jeune : (choisissant ses mots ) Je peux…arrêter…le cours du temps.
Claire : ( la regardant comme si elle était folle ) Tu vas te rendre malade à fumer toute cette herbe ! Bon alors d’après toi l’ensemble noir c‘est oui ou non ?
Viviane jeune : ( de nouveau volubile ) Je t’assure, c’est vrai. Il suffit que j’y pense et tout s’arrête autour de moi. Tout. Les gens, les automobiles et…et j’évolue là-dedans comme je veux et je peux faire tout ce que je veux.
Claire : ( Très énervée ) Arrêtes tes salades, aides moi à choisir. Simon va arriver d’une minute à l’autre !
Viviane jeune : Je te répètes que tu perds ton temps avec Simon !
Claire : Bien sûr. Tu es jalouse, oui.
Viviane jeune : Jalouse ?
Claire : Oui. Parce que nous sommes en fac depuis à peine deux mois et que je suis la première à avoir trouver un mec.
Viviane jeune : Je te dis ça parce que Simon voit quelqu’un d’autre en même temps que toi.

Silence. Claire regarde sa sœur. Celle-ci ne plaisante pas.

Claire : Comment le sais–tu ?
Viviane jeune : Je l’ai vu téléphoner en douce. J’ai trouvé cela louche alors je lui ais pris son portable et j’ai noté le numéro qu’il venait d’appeler. Plus tard, une petite recherche sur Minitel m’a confirmé ce que je soupçonnais. Elle s’appelle Lisa Tra…Tram…quelque chose je ne sais plus le nom de famille.
Claire : (abasourdie ) Tu te fous de moi…
Viviane jeune : Non, je t’assure.
Claire : Et puis d’abord comment as-tu fait pour lui prendre son portable ?

Viviane prend une profonde inspiration.
Changement d’éclairage qui indique que Viviane a « arrêté » le cours du temps.

Claire s’est soudain immobilisée l’index levé vers sa sœur. Lentement, Viviane lui retire le cintre portant l’ensemble noir qu’elle tenait dans l’autre main. Claire ne remue pas d’un cil. Viviane se positionne derrière elle et reprend une profonde inspiration.
Nouveau changement d’éclairage


Il indique que Viviane a remis le cours du temps en marche [1]
Claire semble sortir d’une courte hypnose. Elle regarde devant elle, ne voyant plus sa sœur comme si elle avait soudainement disparu.
Viviane jeune : Je suis là.
Claire : ( se retournant précipitamment ) Ah !

Claire contemple sa sœur et l’ensemble qu’elle tient avec un sourire malin . Viviane la mime devant la glace.
Viviane jeune : Tu crois pas que l’ensemble noir m’irait mieux. Je sais que Simon n’aime pas le noir mais…comme c’est un sale con, je m’en fous….
Claire : ( Sous le choc ) Comment as-tu fait çà ? Tu étais devant moi et l’instant suivant…
Viviane jeune : Je te l’ai dit.
Claire : (ne l’entendant pas )…J’ai eu quoi ? Une sorte d’hypnose ou ?…Comment tu as fait ça ?
Viviane jeune : (Lui redonnant fermement le vêtement ) Je te l’ai dit ( Silence ). Je peux arrêter le cours du temps. C’est depuis mon accident. Je ne sais pas comment c’est possible mais il me suffit d’y songer.
Claire : Quoi ? Comment tu es passée derrière moi ? Tu étais devant moi… là.
Viviane jeune : Au moment où tu m’engueulais, j’ai arrêté le temps. Tu t’es immobilisée, j’ai pris ton ensemble et je suis passée derrière toi. Puis j’ai laissé le temps reprendre son cours. Ca a du me prendre cinq secondes. Pour toi, à peine une fraction.( Elle rie de nouveau ) Tu te rends compte ? Je suis plus vieille de cinq secondes par rapport à toi.
Claire : C’est impossible…
Viviane jeune : Ca l’est.
Claire : Personne ne peut faire cela…
Viviane jeune : C’est vrai. Sauf moi.



Le temps s’arrête. Claire s’est immobilisée. Viviane repasse derrière sa sœur sans reprendre le vêtement cette fois. Le temps repart.
Viviane jeune : ( lui soufflant doucement à l’oreille ) Personne ne peut faire cela. Sauf moi.

Claire sursaute en lâchant l’ensemble qu’elle tenait. Elle se retourne.
Silence pesant. Les deux sœurs se regardent. Viviane semble amusée de sa réaction. Claire semble réaliser et admettre ce que lui dit sa sœur.
Une sonnette retentit.
Viviane jeune : Ca doit être Simon. Oublies ce que je t’ai dit à propose de cette Lisa, si ça se trouve c’est une cousine ou sa tante...

Nouveau coup de sonnette. Claire regarde toujours sa sœur, sans bouger. Viviane ramasse l’ensemble sur le sol et le lui rend.
Viviane jeune : Oublie aussi l’ensemble noir, c’est un dîner pas un enterrement.

Troisième coup de sonnette.
Viviane jeune : Tu ne vas pas lui ouvrir ?
Claire : Si…si…J’y vais.

Claire va ouvrir la porte à jardin. Viviane attend les mains croisées devant elle. [2]

Claire : Bonsoir…Ecoutes Simon, je suis désolée mais ce soir je ne me sens pas très bien…je préférerais qu’on annule…non, ce n’est pas la peine…Non, non, ça va…C’est juste que j’ai eu une sale journée…Oui...je te rappelles sur ton portable demain…Ah Simon, je voulais te demander…Qui est Lisa ?

Noir.[1] Les changements d’éclairage liés à l’utilisation du pouvoir de Viviane seront surlignés par la suite comme ceci :
Le temps s’arrête
Le temps repart.
[2] Le personnage de Simon sera évoqué par la suite mais il n’apparaîtra jamais.

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EXTRAIT 2

Acte 1 Scène 5(Viviane, Claire, Damien, Viviane jeune )
Lumière à jardin.
Un jeune homme entre à cour et va s’asseoir à la table. Il prend des notes sur une feuille et jette un œil de tant à autre sur un livre ouvert près de lui.
Viviane jeune apparaît à cour. Un livre à la main, lisant et marchant à la fois. Elle s’arrête un peu en retrait de l’homme. Les deux sœurs continuent de parler entre elles sans les voir.
Viviane : J’étais comme un poisson dans l’eau. Je ne m’occupais pas des nouvelles acquisitions mais je rangeais les retours « en moins de temps » qu’il ne fallait pour le dire …J’ai appris les emplacements des auteurs avec une telle facilité au regard des autres…J’ai lu énormément, surtout les auteurs du XIXé siècle….
Viviane jeune : J’aimais beaucoup "La lettre écarlate" de Nathaniel Hawthorne…Victor Hugo, bien sûr…Mais aussi Théophile Gautier , ou encore Maupassant…Leurs histoires empreintes de romantisme et de fantastique avaient un certain écho avec ma propre vie et résonnaient dans les dédales des étagères où j’aimais me perdre.
Viviane : J’aimais aussi l’ambiance d’une bibliothèque…le temps n’existait qu’au fil des pages que l’on feuilletait… Parfois il semblait s’arrêter sans que j’intervienne…
Viviane jeune : Simplement parce que les lecteurs, plus ou moins nombreux selon les jours, respectaient la règle du silence. J’observais les gens qui venaient. Au fil des jours, certains visages m’étaient familiers…
Viviane : Et puis j’ai commencé un petit jeu.
Claire : Lequel ?
Viviane jeune : « Dis-moi ce que tu lis et je te dirais qui tu es »…Au début j’arrêtai le cours du temps et j’allais voir le titre de ce que quelqu’un lisait. Et puis, le jeu s’est aiguisé petit à petit. J’attendais d’observer une émotion, de joie ou de peine sur le visage, et j’allais ensuite lire le passage qui les avait touché. C’est ainsi que j’ai rencontré Damien.

Viviane jeune referme son livre et observe l’homme en train d’écrire en contournant la table.

Viviane jeune: Il était là assis à cette table. Son visage m’était inconnu. Mais il m’intriguait, qu’est-ce qu’il pouvait bien écrire de manière aussi fébrile ? Quel était le titre de son livre ? Je voulais savoir.

Viviane s’avance vers lui. Le temps s’arrête. Elle va pour prendre le livre de l’homme. Le temps repart.

Damien : (se retournant ) Hé ! Faut pas vous gêner !
Viviane jeune: ( surprise et confuse ) Excusez-moi…c’est que je croyais que…que c’était le livre que j’avais oublié sur la table…
Damien : Vous pourriez me demander au moins.
Viviane jeune: …Euh…oui, je suis désolée…j’étais ailleurs…
Damien : Quel livre ?
Viviane jeune: Pardon ?
Damien : Le titre de votre livre.
Viviane jeune: …Euh…Un recueil de poésie de Charles Baudelaire.
Damien : Ce n’est pas celui-ci
Viviane jeune: Ah ? Merci.

Viviane s’éloigne, intriguée. Damien se replonge dans son livre. La jeune femme s’arrête, prend une profonde inspiration. Le temps s’arrête. Elle s’approche de nouveau. Le temps repart. Il la sent dans son dos et se retourne.
Damien : Excusez-moi. Mais si vous me disiez ce que vous voulez exactement, on pourrait gagner un peu de temps.

La jeune femme reste sans voix.

Claire : Tu ne pouvais arrêter le cours du temps en sa présence ?
Viviane : Oui. Je n’ai jamais su pourquoi, ni comment. Damien avait la faculté, bien qu’il l’ignorait, de me faire redevenir comme le commun des mortels. Tu imagines le choc ? Mon piédestal s’est fendu sérieusement ce jour-là...

Silence.

Damien : Vous avez perdu votre langue ?
Viviane jeune: …Euh…non. Je voulais…je voulais…juste savoir quel livre vous lisiez.
Damien : Ce n’est pas le vôtre.
Viviane jeune: Non. Bien sûr. Mais je vous observe depuis un moment et la manière de vous prenez vos notes m’intrigue beaucoup.
Damien : Au point de me prendre littéralement le livre sous le nez ?
Viviane jeune: Excusez-moi. C’est une vieille et mauvaise habitude.
Damien : ( amusé )Vous êtes bizarre…D’habitude, on dit que la curiosité est un vilain défaut mais chez vous c’est plutôt charmant…C’est juste un livre sur la manière d’aborder l’expression corporelle avec des enfants.
Viviane jeune: L’expression corporelle ?
Damien : Oui, je suis animateur, je vais préparer un spectacle avec des jeunes.
Viviane jeune: Animateur ?
Damien : Oui, bon c’est pour boucler les fins de mois, je fais aussi du théâtre avec une troupe locale…Je peux vous demander votre nom ? Moi, c’est Damien.
Viviane jeune: Viviane. Je travaille ici.
Damien : Ah ? Et vous abordez tout le monde de la manière ?
Viviane jeune: Non…D’habitude, je suis plutôt discrète.
Damien : Vraiment ? Donc dans le cas présent, vous vouliez que je vous remarque. ( Viviane sourie ) Vous auriez pu simplement tousser…
Viviane jeune: Je suis désolée de vous avoir dérangé. Je vous laisse, je dois aller travailler.
Damien : Attendez. On pourrait peut-être…boire un verre ensemble après votre travail. Vous auriez bien un peu de temps.
Viviane jeune: Pas tellement dans le cas présent. Mais pourquoi pas…

Elle disparaît à cour. Damien la regarde partir. Il regarde son livre, sourie puis ramasse ses affaires et quitte la scène à cour lui aussi. La lumière s’éteint petit à petit coté jardin.
Viviane : Voilà. C’est aussi simple que cela. Je ne pouvais que me sentir attirée par lui. Il a insisté. J’ai accepté de boire un verre avec lui. Nous nous sommes revus plusieurs fois et de fil en aiguille nous avons formé un couple. Un couple qui à mes yeux était insolite.
Claire : Qu’est-ce que tu veux dire ?
Viviane : Il était comédien dans l’âme. Il passait son temps à endosser des rôles et à devenir quelqu’un d’autre et paradoxalement, en sa présence, je ne pouvais qu’être moi-même… Curieusement, j’étais heureuse. Et puis un jour, le destin a décidé que ça avait assez duré.

Un crissement de freins monte crescendo.
Viviane jeune: ( Cri en coulisses ) Damien !

Bruit d’accident de voiture. Silence

Viviane : ( la voix tremblante ) Je n’ai rien pu faire. J’aurai pu sauver n’importe qui avec mon pouvoir. Mais pas lui. Je n’avais jamais eu aucun contrôle sur lui. Sa liberté qui le rendait unique à mes yeux fut aussi sa perte….Et par conséquent la mienne… "Le temps est un grand maître, le malheur est qu'il tue ses élèves"...
Claire : C’est le destin qui a tué Damien . Le temps n’a rien à voir.
Viviane : C’est une citation de Berlioz et c’est de moi dont je parlais. C’est à partir de là que ça a commencé.
Claire : Quoi ?
Viviane : Mon processus de vieillissement.
Claire : Je ne comprends pas.
Viviane : Suite à la mort de Damien, j’ai eu une sorte de traumatisme et mon horloge biologique s’est….s’est déréglée…
Claire : Que veux-tu dire ?
Viviane: Sa mort a été un choc si intense que je ne contrôlais plus mon pouvoir. Le temps s’arrêtait seul, comme s’il avait une volonté propre et j’étais incapable de le remettre en route. Il s’arrêtait plus ou moins longtemps. Ca allait de une minute…à quatre jours.
Claire : Quatre jours !…Comment le savais-tu ?
Viviane: Mon rythme alimentaire et celui du sommeil m’ont servi de repères. Mais j’avais peur de m’endormir et manger était un calvaire. La nourriture avait un goût étrange et l’eau ne coulait pas des robinets, je devais la trouver en bouteille et fendre le plastique. C’était une eau…solide comme un glaçon mais sans la sensation et la consistance du froid.
Claire : Mon Dieu. Elle ne pouvait plus couler…
Viviane: Inconsciemment, je profitais de ces périodes forcées pour faire le point. Et peu à peu la peine de la perte de Damien s’est atténuée. Et lorsque j’ai repris le contrôle de ma vie et de mon pouvoir, c’est là que mon processus de vieillissement a commencé à s’accélérer.
Claire : Tu t’en es aperçu comment ?
Viviane: Je n’y ai pas vraiment prêté attention au début. Quelques rides, quelques mèches blanches. J’ai commencé à m’inquiéter quand des rhumatismes dans mon dos sont apparus, quand mes mains ont commencé à faire de l’arthrite. Un matin, je me suis réveillée et dans la glace en m’apercevant ça été un choc. Je me suis soudain demandée : « Quel âge à ce reflet ? » . Je me suis rendue à l’hôpital le jour même.

Viviane réagit soudain différemment, elle commence à se tordre et à gémir. On entend le son d’un rythme cardiaque qui s’accélère.
Claire : Viviane ? Ca ne va pas…. ? Tu…Tu veux que j’appelle….

Viviane agrippe soudain la main de sa sœur en criant. Le son du rythme cardiaque s’accélère de plus en plus. Puis soudain un énorme bip monocorde retentit avant de s’arrêter brusquement…mais Viviane continue de se tordre sur son lit.
Claire : Viviane ? Viviane ?…(Elle essaye de se détacher de son étreinte sans y parvenir. Elle se met à crier. ) A l’aide ! A l’aide !…Quelqu’un ! Venez ! Vite ! Est-ce qu’il y a quelqu’un ?!….. Est-ce qu’il y a quelqu’un ?!

Noir. Silence Total.